Huiles essentielles

Les huiles essentielles

Les Huiles essentielles sont dites “essentielles” car elles sont l’essence volatile extraite des parties de plantes auxquelles elles donnent leur parfum. Leur appellation n’en fait pas une panacée et leur origine naturelle ne les rend pas inoffensives.

Mise en garde

Dérivées de la phytothérapie comme l’essentiel des plus anciens médicaments (exemple: aspirine) elles sont elles aussi soumises aux limites de rapport bénéfices/risques.
Beaucoup de travail reste encore à faire pour distinguer les preuves d’intérêt thérapeutique (ex: acné et HE de tea tree 2, traitement des poux par HE de Tea tree+lavande)
de celles où leurs effets indésirables supplantent leur efficacité(ex HE de lavande ou de neem et répulsif contre les poux 3).

Bien que les risques soient réels dans certaines situations, qui ne peuvent toutes être résumées ici, le risque potentiel se doit d’être néanmoins relativisé. En effet, nous avons tous été exposés à des huiles essentielles au cours de notre vie, tout simplement en épluchant une clémentine, en buvant du thé à la menthe ou en froissant des fleurs de lavande entre nos doigts.

  • Ingestion :
    – Une faible quantité (1 à 10 gouttes) n’engendrera que peu de risque chez un adulte sain. Chez le nourrisson, ou en cas d’antécédent d’épilepsie, une évaluation médicale par un Toxicologue est nécessaire pour une orientation précise. Une irritation oropharyngée et des troubles digestifs(nausées, vomissements, éructations) sont prévisibles.
    – Une quantité modérée( 1ml=20-40 gouttes selon la viscosité) peut entraîner une intoxication quel que soit l’âge.
    – une quantité importante (5ml=100-200 gouttes)peut entraîner des convulsions chez un individu sain et d’autres complications dépendant de l’huile essentielle concernée.
    on citera parmi les plus dangereuses: camphre( très pro-convulsivante), Wintergreen/Gaultheria procumbens( intoxication aux salicylés), giroflier/clou de girofle(hautement hépatotoxique),
    pennyroyal (très hautement hépatotoxique).
  • Contact cutané :
    – Une irritation immédiate en cas d’utilisation pure (une dilution végétale est préconisée pour limiter ce risque) peut être observée. Par exemple, l’huile essentielle de cannelle est bien connue pour entrainer des irritations importantes et douloureuses, pouvant perdurer plusieurs heures.
    – Des réactions allergiques pourront survenir avec ou sans sensibilisation préalable (ex: allergie aux salicylés et application d’HE de Wintergreen, photosensibilisation par bergaptène contenu dans l’HE de bergamote et autres Citrus).
    – Des intoxications graves avec passage systémique de l’huile essentielle appliquée sur la peau (ex: fermeture prématurée du canal artériel du foetus en cas d’application cutanée d’HE de Wintergreen/G.procumbens chez la mère, au même titre que les AINS( ex: ibuprofène, diclofénac)).
    – Un effet perturbateur endocrinien reste encore suspecté pour certaines (ex: HE lavande/Tea tree et gynécomastie chez des garçons pré-pubères; lien de cause à effet à priori exclu 6).
  • Contact oculaire :
    – Irritation faible à modérée, selon la qualité et la réactivité du rinçage. Sauf exception, ce type d’exposition n’engendre que peu de risque de complication.
  • Inhalation :
    – Ce seront essentiellement des désagréments olfactifs et /ou irritatifs qui seront attendus.
    – Seules des expositions prolongées et /ou intensives résulteront des intoxications systémiques.
  • Une fois les premières consignes respectées( voir ci-dessous), contactez immédiatement le Centre antipoison (03 20 44 44 44 ou 0800 59 59 59). Nous vous guiderons dans la prise en charge et organiserons les moyens si nécessaire.
  • Ingestion :
    – Ne pas faire vomir. Ne pas donner de lait à boire.
    – Éponger ce qui peut l’être en bouche avec un chiffon/linge.
    – Ne SURTOUT pas boire d’huile végétale. Certains sites douteux préconisent une prise en charge aberrante et dangereuse consistant en l’ingestion d’huile de ricin et/ou de paraffine en quantité importante.
    – Une fois la situation évaluée par un Médecin, l’administration de boissons et d’aliments est généralement autorisée.
    –  Dans les cas à risque, une surveillance hospitalière peut être nécessaire.
  • Contact cutané :
    Éponger ce qui peut l’être avec un chiffon/linge.
    – Penser à retirer les vêtements imprégnés de produit.
    – Laver la peau avec de l’eau et du savon doux. Rincer et sécher.
    – Prenez un contact avec un médecin pour exclure les situations à risque et/ou en cas d’apparition de symptômes (ex: rougeur, démangeaisons).
  • Contact oculaire :
    – Rinçage oculaire exclusivement avec de l’eau tiède, pendant 10-15 minutes.
    – Ne SURTOUT PAS tenter d’effectuer un rinçage avec de l’huile végétale.
    – Prenez contact avec un Médecin en cas de doute.
  • Inhalation :
    – Ventilez les pièces concernées.
    – Nettoyer les objets imprégnés.
    – S’aérer en extérieur.
    – Prenez contact avec un médecin en cas de persistance et/ou aggravation de symptômes respiratoires.

Prévention

En Prévention

  • Ne pas ranger les flacons d’huiles essentielles sur la table à langer( confusion extrêmement fréquente avec les flacons de vitamine D).
  • Ne pas laisser trainer les flacons d’huiles essentielles et bien les reboucher. Une armoire à pharmacie, fermée et en hauteur est la meilleure solution.
  •  Ne pas laisser trainer les diffuseurs de parfums (l’ingestion d’une quantité toxique est vite arrivée).
  • Préférer les flacons disposant d’un bouchon de sécurité ET d’un opercule compte-gouttes (les flacons en vrac ramenés de vacances sont à considérer comme très dangereux).
  • Attention aux risques liés à l’automédication. En cas de symptômes persistants, parlez-en à un Médecin.

En cas de problème suite à la prise d’un médicament, qu’il y ait des symptômes ou non,
appelez le Centre Antipoison de Lille 24h/24, 7j/7 au 0800 59 59 59 (numéro vert gratuit)

Expliquez clairement la situation, un médecin vous renseignera sur la conduite à tenir, et décidera si une hospitalisation est nécessaire, ou si une simple surveillance suffit.

Références :
1 Bruneton J ; Pharmacognosie 4ème édition ; 2009 ; p 567-705

2  Deyno S et Al ; Essential oils as topical anti-infective agents : a systematic reviews and meta-analysis ; 2019 ; Complementary therapies in Medicine.

3  Canyon DV et al ; A comparison of botanical and synthetic substances commonly used to prevent head lice (Pediculus humanus var.capitis) infestation . 2007 ; International Journal of Dermatology.

4 Barker SC et al ; A randomized, assessor blind, parallel group comparative efficacy trial of three products for the treatment of head lice in children-melaleuca oil and lavender oil, pyrethrins and piperonyl butoxide, and a “suffocation” product.
5 Goldfrank’s ; Toxicological emergencies 10ème édiction ; 2017.

6 Hawkins J et al ; The relationship between lavender and tea tree essential oils and pediatric endocrine disorders : a systemis review of the litterature ; 2020 ; Complementary Therapies in Medicine.